Quand la montagne refuse de suivre ton plan (et ce que ça m’a appris sur le laisser-aller)

On vit tous des grands apprentissages au quotidien.

Pour moi c’est le principe de la vie. Et un apprentissage qui me suit beaucoup en ce moment, c’est l’art de laisser aller.

Apprentissage, disons-le, qui est très proche de celui sur l’impermanence qu’on discutait la semaine passée. Et cet apprentissage me suit partout ces temps-ci, même en montagne.

Samedi matin.

On part avec mon ami pour aller à Mégantic.

J’ai dû accepter dernièrement que ma forme était moins bonne que ce que je voulais. Problème de santé, beaucoup de stress et un horaire surchargé depuis quelques mois. Le genre de cocktail qui use tranquillement sans qu’on s’en rende compte, jusqu’au jour où le corps présente la facture.

Mais là je me dis : allez, on monte Mégantic. Ça va me faire sortir de ma zone de confort, aider la forme. En passionné de trail, on va courir les plats et les descentes et on va s’amuser.

Pour moi, faire Mégantic, c’est faire la boucle des trois sommets. Il n’y a pas d’autres options.

On part donc sur l’ascension du côté du sommet Saint-Joseph, qui est selon moi la partie la plus dure de la rando. Je souffle. Les poumons ont de la misère. J’ai déjà trouvé cette montée plus difficile dans mes débuts, mais mes poumons asthmatiques travaillent fort aujourd’hui et je ressens une petite douleur à chaque souffle. Pas insupportable, mais présente. Un rappel constant que le corps n’est pas où je voudrais qu’il soit.

Pas question d’abandonner pour autant. Je suis là pour ça.

Et puis on découvre quelque chose.

On est au Québec. En mai. Il reste de la neige en montagne.

Une belle lanière de neige sur le sentier. Solide tôt le matin, mais qui se ramollissait à mesure que la journée avançait. On pensait que ce serait sur quelques kilomètres seulement. On se trompait.

Plus on avance, plus on glisse. Plus on glisse, plus on rit. Et plus on réalise que la neige, elle, ne finit pas. On aperçoit quelques courtes ouvertures pour jogger, mais chaque fois la neige reprend ses droits. On croise d’autres randonneurs qui confirment ce qu’on voit venir.

D’avant le sommet de Saint-Joseph jusqu’au sommet de Mégantic : une trace de neige continue. Qui glisse, qui renfonce, qui demande un équilibre constant à chaque pas.

Les plans de courir se sont effacés assez vite.
megantic point de vue

Et c’est un peu ça, la vie.

On peut faire des plans. Mais est-ce que les plans vont toujours nous suivre ? Vraiment pas.

Je le vis dans toutes mes sphères en ce moment.

Je pensais que partir à mon compte serait dur, mais pas autant. Je pensais qu’accepter d’avoir moins d’argent serait facile. Hint : ce ne l’est pas. Je pensais être assez en forme pour courir 50 km en juillet. Ce n’est pas parti pour ça.

Chaque jour je contacte des clients potentiels, j’essaie de m’aligner vers la vie que je veux vraiment. Vivre de mes rêves et de mes passions. Mais certains jours, rien ne semble bouger. Les contrats tardent. Les réponses n’arrivent pas. Le silence s’installe et dans ce silence, les doutes embarquent. Le stress aussi.

Et la grande question arrive, inévitablement.

Ai-je vraiment fait le bon choix ?

Je n’ai pas toujours la réponse. Mais ce que Mégantic m’a rappelé ce matin-là, c’est que la question n’est peut-être pas la bonne.

Parce que même quand les plans tombent à l’eau, il reste quelque chose.

Ce jour-là sur le sentier, j’étais là avec mon ami. On a jasé pendant des heures. On a ri de nos chutes dans la neige comme des gamins. On a couru les quatre derniers kilomètres sans neige à fond, juste pour le plaisir de courir. On s’est amusés. Et pour moi, c’était ma première vraie grosse sortie depuis longtemps.

J’ai fini fatigué, brûlé, les jambes dans le tapis.

Et content de moi.
point de vue megantic

L’important, c’est de profiter de ce qu’on a devant nous.

Pas se dire « si seulement les conditions avaient été meilleures ». Pas de ruminer sur ce que la journée aurait pu être.

C’est une mentalité plus dure à appliquer quand tu as de la misère à signer des clients. Quand tu regardes ton compte en banque et que les chiffres font mal. Quand la vie que tu t’es promise semble encore loin.

Mais chaque moment difficile est un apprentissage. Chaque épreuve qu’on vit nous prépare pour la prochaine grande montagne.

Et moi, je préfère arriver à cette prochaine montagne avec les leçons de Mégantic dans les jambes.

Et toi, c’est quoi ton apprentissage du moment ?

Pour en savoir plus sur le parc du mont Mégantic : https://www.sepaq.com/pq/mme/ 

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