L’impermanence, ou ce que la montagne m’a appris sur les moments difficiles

Il y a des matins où tu te réveilles et tu ne vois pas le bout de la journée.

Pas de manière dramatique. Juste un poids tranquille qui s’est installé pendant que tu dormais. Le portefeuille qui n’a pas l’argent que tu voudrais. Les projets qui avancent moins vite que prévu. La vie que tu avais imaginée qui ressemble encore à un chantier.

Je connais bien ce matin-là.

Depuis que j’ai quitté mon emploi pour vivre d’écriture, j’en ai eu plusieurs. Des mois serrés financièrement. Des projets en montagne repoussés par faute de budget. Une qualité de vie que j’avais il y a moins d’un an et que j’ai laissée derrière moi les yeux ouverts, en croyant savoir à quoi m’attendre.

C’est dans ces moments-là qu’un concept revient me trouver. Un que j’ai découvert dans un livre que je relis régulièrement.

Thich Nhat Hanh et l’art de rien figer

The Art of Living, du maître zen Thich Nhat Hanh, c’est un livre que tu lis tranquillement. Pas parce que c’est dense ou compliqué. Parce que chaque page te donne envie de t’arrêter et de réfléchir.

Un des concepts qu’il explore, c’est l’impermanence.

L’idée est simple : rien ne dure. Ni les moments difficiles. Ni les moments heureux. Ni les états dans lesquels on se trouve. Tout passe. Tout se transforme. Tout est en mouvement constant.

On a tendance à l’accepter facilement pour les bonnes choses. On sait que le bonheur est fragile. On le protège, on en profite, on a peur qu’il parte.

Mais pour les moments difficiles, on fait le contraire. On les fige. On leur donne une permanence qu’ils n’ont pas. On se convainc que la situation d’aujourd’hui sera la situation de toujours.

Il y a un an, j’étais à l’aise financièrement. Stable. Prévisible. Et profondément malheureux.

Aujourd’hui, c’est l’inverse.

Rien n’est permanent. Dans les deux sens.

On est tous des molécules qui passent

Thich Nhat Hanh parle aussi d’interconnexion. L’idée que tout est lié. Toi, moi, la forêt, la rivière, l’air qu’on respire. On est des formes d’énergie et de matière qui traversent un chemin. Qui s’arrêtent un moment sous une forme humaine. Puis qui continuent ailleurs, autrement.

Je ne sais pas si tu crois à ça. Moi, je ne suis pas religieux. Mais cette image-là est prenante pour moi.

Si on est des molécules en mouvement, alors bien sûr que rien ne reste fixe. C’est dans notre nature la plus fondamentale d’être en changement constant. Résister à ça, c’est résister à ce qu’on est.

Et quand je rapproche cette idée de l’impermanence, quelque chose se clarifie. Les moments difficiles ne sont pas des états permanents. Ce sont des passages. Des formes que prend la vie avant de se transformer encore.

Méditation en montagne

La nature comme professeur

C’est en sentier que je comprends ça dans mon corps et pas juste dans ma tête.

Quand tu cours en montagne, tu vis l’impermanence en accéléré. La montée qui brûle les cuisses finit toujours par s’aplatir. Le passage dans l’ombre froide de la forêt cède sa place à une clairière baignée de lumière. La pluie qui arrive par surprise se retire aussi vite qu’elle est venue.

La nature ne s’accroche à rien. Elle change, elle coule, elle s’adapte. Les arbres ne résistent pas à l’hiver. Ils le traversent. La pluie se transforme en rivière.

Dimanche dernier, quand je ne voulais pas sortir et que je suis parti quand même, c’est exactement ce que j’ai retrouvé au sommet d’Orford. Pas une révélation. Juste ce rappel silencieux que l’état dans lequel j’étais le matin n’était pas permanent. Que deux heures plus tard, tout aurait changé.

Et c’est exactement ce qui s’est passé.

Rien n’est permanent. Et c’est une bonne nouvelle.

Je ne te dis pas que c’est facile. Traverser une période difficile en se répétant que c’est temporaire, ça ne règle rien concrètement. Les factures restent les factures.

Mais ça change quelque chose dans la façon de les regarder.

Pas de résignation. Pas de passivité. Juste un peu moins d’anxiété autour de l’idée que ce moment-ci va durer pour toujours.

Parce qu’il ne durera pas.

Rien ne dure. Et la montagne te le rappelle à chaque sortie, si tu prends le temps d’écouter.

C’est quoi, le moment difficile que tu traverses en ce moment ? Est-ce que tu lui as donné une permanence qu’il n’a peut-être pas ?

Rejoins Les Chroniques d’Aventure

Une infolettre mensuelle sur l’exploration, la nature et les histoires qui changent une vie.

Je ne spam pas ! Tu peux te désabonner à tout moment

Laisser un commentaire

Votre adresse courriel ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Scroll to Top