Les feuilles ne sont pas encore sorties. La chaleur n’est pas encore complètement installée.
Mais, les parulines arrivent.
Ce sont de petits oiseaux nerveux, vifs, colorés comme des bijoux dans les branches. Les photographes et les ornithologues les attendent avec une impatience qui ressemble presque à de l’anxiété. Pas seulement parce qu’elles sont magnifiques, même si elles le sont. Mais parce qu’elles annoncent quelque chose. Quand les parulines passent, c’est signe que la grande vague migratoire est en marche.
Au Québec, mai c’est le mois pour les voir.
Un défi sur deux pattes
Moi, ce n’est pas l’ornithologie qui m’a accroché en premier. C’est la photographie qui m’y a amené.
Et les parulines, pour un photographe, c’est un défi intéressant. Elles ne posent pas. Elles sautillent de branche en branche sans avertissement, disparaissent dans le feuillage, réapparaissent deux secondes à la lumière parfaite avant de repartir. Tu as une fraction de seconde pour faire la mise au point, composer, et appuyer. Le but n’est pas juste d’avoir la photo claire, c’est de raconter un moment. De capturer quelque chose de vivant.
C’est pour ça que j’y reviens chaque année.

L’Estrie, un arrêt sur la route du Nord
Les parulines remontent vers le nord. Elles longent le sud du Québec et plusieurs poursuivent leur route vers les grandes forêts boréales du Québec et du Canada. Certaines s’arrêtent seulement quelques jours, d’autres choisissent d’y nicher. Elles trouvent un territoire qui leur convient, font leur nid, élèvent leurs petits.
L’Estrie est une de ces haltes. Et pas n’importe laquelle.
La région se trouve en plein cœur d’un corridor migratoire exceptionnel. Avec les Appalaches, les marais, les forêts mixtes. Un terrain qui offre exactement ce que ces oiseaux cherchent. Nourriture, abri et repos. Au cours d’une année, on peut observer régulièrement entre 25 et 35 espèces différentes de parulines dans la région. Un bon matin de migration en mai, dans un secteur boisé bien choisi, peut donner des centaines d’individus en quelques heures.
Où les trouver ?
Les sites à surveiller sont le marais de la Rivière-aux-Cerises, l’étang Burbank, le marais Réal-D.-Carbonneau et le parc national du Mont-Orford. Quatre endroits où la patience est presque toujours récompensée au printemps.
Il suffit de savoir où regarder. Et d’être là au bon moment.

La patience et un peu de chance
Québec Oiseaux annonce aussi les soirs de grande migration sur ses réseaux. Une ressource indispensable pour quiconque veut être au bon endroit au bon moment. Cette semaine, il y a eu plusieurs alertes consécutives. Je savais que c’était le moment.
Je suis sorti.
Ce matin-là, j’ai été gâté.
La paruline flamboyante pour commencer, avec son petit orange brûlé qui contraste avec ses plumes noires. La paruline jaune ensuite, avec son jaune éclatant. La paruline à croupion jaune, qui sautille partout depuis plusieurs jours déjà.
Et puis une petite surprise.
La petite voleuse, la paruline masquée.
C’est la première fois que je réussissais à en photographier une. Elle portait bien son nom, ce petit masque noir sur son visage, contrastant avec sa gorge jaune vif. Elle s’est arrêtée quelques secondes à peine. Juste assez pour la photo.

Pourquoi chercher les parulines ?
Leur passage nous rappelle l’immensité de ce qui se passe au-dessus de nos têtes chaque printemps. Des millions d’individus en mouvement, suivant des routes tracées bien avant nous. Et pour nous les photographes, il y a une fenêtre courte et précieuse. Avant que les feuilles arrivent et cachent tout.
Pour ma part, je continue à sortir avec mon appareil le matin.
Photographier ces petits êtres photogéniques.
Si tu ne les connais pas encore, c’est le bon moment pour commencer. Pas besoin d’équipement sophistiqué. Pas besoin d’être expert. Juste une paire d’yeux curieux et quelques minutes dans les branches au bon moment du mois.
Sors dehors. Lève la tête. Regarde.
Il y a des chances qu’elles soient déjà là.

Jonathan Lessard est explorateur, écrivain et rédacteur SEO basé au Québec. Il aide les entreprises et les créateurs à améliorer leur visibilité sur Google grâce à la rédaction SEO et au storytelling, tout en partageant ses aventures en nature et ses réflexions sur l’exploration intérieure.


