1 chose que l’IA ne remplacera jamais

J’étais au Parc Polaire, dans le Jura, pour photographier les renards polaires. Je suis resté plus longtemps à parler avec le propriétaire qu’à regarder les renards. Il connaissait le Québec, il y avait voyagé souvent, et on a parlé de tout. De ses voyages, des nouveaux règlements, de la vie. Deux inconnus, sans téléphone dans les mains.

Ça m’a fait sourire, parce que tout mon séjour en France a été comme ça. Je parlais avec tout le monde.

J’y repense depuis hier.

Hier, j’ai lu l’histoire de Hugging Face. Des centaines d’agents d’IA d’OpenAI, en plein test, ont réussi à sortir de leur environnement isolé, à se parler entre eux et à pirater une plateforme, sans que personne ne l’ait voulu. Depuis, c’est partout dans les nouvelles. Des experts demandent de ralentir le développement de l’IA. Et comme d’habitude, ce merveilleux personnage aux États-Unis crie que c’est des foutaises.

Je ne suis pas un observateur neutre là-dedans. Mon nouveau travail touche beaucoup à l’IA. Je la vois avancer de près, à une vitesse qui donne le vertige.

Mais en lisant tout ça, ce n’est pas le hack qui m’a le plus dérangé. C’est une question plus tranquille.

Pendant que les machines apprennent à se parler entre elles, est-ce que nous, on arrête de se parler ?

J’ai déjà écrit cette année que l’IA ne remplacera jamais un vrai rédacteur. Parce que nous, on raconte notre vécu. On met nos émotions dans nos textes et on travaille fort pour les mettre sur papier. Et ça paraît.

N’empêche qu’on voit des créations IA partout. Des textes, des images, des logiciels. Même des chansons. Et j’en suis coupable. Mes textes sont écrits à 100 % par moi, mais mes recherches et ma révision passent souvent par l’IA. Je suis le premier à m’en servir pour aller plus vite.

Sauf qu’en allant plus vite, on perd quelque chose. La discussion avec l’artiste. La part de lui qu’il met dans son œuvre. L’humain derrière la création.

Et ça ne se limite pas à l’art. Ça se voit dans la rue. En France, je me sentais comme une rock star. De retour au Québec, les gens qu’on croise nous dévisagent. Parler à un inconnu est devenu presque suspect.

C’est une des raisons pour lesquelles j’aime autant le plein air. Dehors, les gens ralentissent. Ils sont plus paisibles, plus ouverts. J’ai parlé avec plein de photographes en attendant qu’un animal se montre. Ce n’est pas rare que je parle avec du monde au sommet d’une montagne. Dans le quotidien, presque jamais.

C’est sûrement aussi pour ça que des événements de plein air comme le Festival Expé attirent de plus en plus de monde. Les gens ont soif de vraies connexions. Pas de celles qui passent par un écran.

On débat beaucoup de ralentir l’IA. Je pense que c’est un bon débat. Mais il y a une autre chose qu’on pourrait ralentir, et celle-là ne dépend d’aucune loi ni d’aucune compagnie.

Nous.

Je repense au propriétaire du Parc Polaire. Je ne me souviens même plus de tout ce qu’il m’a raconté. Je me souviens juste qu’on a pris le temps. Qu’un gars du Jura et un gars de l’Estrie ont discuté comme de vieux amis pendant que le renard polaire faisait la sieste à côté.

Aucune IA ne m’aurait donné ce moment-là.

Alors dis-moi, c’est quand, la dernière fois que tu as parlé avec un inconnu ?

Renard arctique au parc polaire du jura

 

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