J’en avais aucune envie. Je suis parti quand même.

Ce matin-là, j’aurais voulu rester au lit

Je n’avais aucune envie d’y aller.

Aucune.

Il faisait froid dans ma chambre. Le genre de froid qui te convainc que rester emmitouflé est la décision la plus sage. La plus raisonnable. La plus confortable.

Et confortable, c’est souvent le pire endroit pour rester.

Je me suis posé une question, couché là dans mon lit. Où il est, le gars qui sautait dans des bains glacés ? Celui qui est parti de Sherbrooke à 22 h pour faire la traversée des Présidentiels, qui a commencé à marcher à 1 h 30 du matin dans l’obscurité totale ?

Il est quelque part. Toujours là. Mais il avait besoin d’un coup de pied.

On a beau se construire des routines, se forger des habitudes, se convaincre qu’on a le contrôle. Aussitôt qu’on ralentit un peu, la mollesse revient. Tranquille. Silencieuse. Elle s’installe sans cogner.

Ce n’est pas une question de motivation. La motivation, c’est capricieux, ça monte et ça descend comme une montagne.

C’est une question de choix.

Et ce matin-là, j’ai choisi que c’était assez.

Le comité décisionnel entre en action

Alors je me lève. Je fais à déjeuner. Je me prépare un café.

Et c’est là que le comité entre en action.

Notre cerveau a un comité décisionnel. Un groupe de petites voix qui débattent de chaque mouvement. Et ceux qui sont contre les activités qui demandent un effort ? Ils crient plus fort que les autres. Ils sont meilleurs pour trouver des raisons.

« Il ne fait pas si beau que ça. »

« Je ne trouve pas ma poche d’eau. »

« J’irai cet après-midi, c’est mieux. »

Le cerveau est créatif quand il ne veut pas bouger. Je te le garantis.

Mais le plus dur, c’est le premier pas. Pas le sommet. Pas le kilomètre 20. Le premier pas.

Alors je me force. Un peu à reculons, j’embarque dans la voiture. Direction Ruisseau des Chênes.

Ça faisait un bout.

Avec tout ce qui se passe depuis quelques mois, les vraies sorties intenses avaient pris le bord. Et ça paraissait.

Photo par Jonathan Lessard

Laisser la nature prendre la relève

Je pars. Le soleil s’est caché presque tout de suite, comme pour me tester. Il faisait froid par bouts. J’ai enlevé une couche, remis une autre, enlevé encore. Ce va-et-vient que les gens qui font pas de plein air ne comprennent pas vraiment.

Je me suis arrêté à la chute. J’ai regardé l’eau courir sur les roches. Respiré cette fraîcheur que la nature offre gratuitement à ceux qui se donnent la peine d’être là.

Et tranquillement, j’ai commencé à courir les plats. Puis les petites descentes. Cette porte de sortie que je me laisse toujours au premier sommet ? Je l’ai ignorée. J’ai continué.

La nature a pris la relève. Elle a un rythme à elle. Quand tu la laisses te guider, tu la suis sans même y penser.

Les gens pensent parfois que courir en sentier, c’est passer à côté de la nature. Mais on en profite juste autrement. Autrement, mais pas moins.

La liberté de courir et de ne faire qu’un avec la forêt, ça ne ressemble à rien d’autre.

Au sommet d’Orford, je l’ai retrouvée.

Cette petite aisance. Ce sentiment discret mais réel d’avoir accompli quelque chose.

Ce n’est pas un exploit. J’ai fait le sommet d’Orford des centaines de fois. Tout le monde qui suit mon parcours le sait.

Mais ce n’était pas ça, le point.

Le point, c’était de me rappeler que je suis encore capable. Que le gars des bains glacés et des nuits dans les présidentiels est encore là. Qu’il avait juste besoin qu’on lui fasse confiance.

Sur la descente, j’ai laissé mon corps faire ce qu’il sait faire. Courir. Éviter les racines. Lire le terrain à l’instinct.

Les petites victoires comptent autant que les grandes

De retour chez moi, je pensais à ce matin. Au froid. Aux couvertures. Au café qui refroidissait pendant que j’inventais des excuses.

Et je remarquais à quel point j’étais serein.

Plus serein que je l’avais été depuis un mois.

Pour une sortie que je ne voulais pas faire.

Les grandes victoires font du bruit. Les distances incroyables, les médailles de course, les sommets en conditions extrêmes. On célèbre ça, et c’est correct.

Mais les petites victoires quotidiennes ? Celles qu’on remporte contre son propre comité décisionnel, dans une chambre froide un dimanche matin ? Elles méritent d’être célébrées elles aussi.

Parce que c’est elles qui rendent les grandes possibles.

C’est quoi, ton dernier premier pas difficile ?

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